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ETRE OU NE PAS ÊTRE JUIFA l'heure ou "sale Juif" redevient une insulte usuelle, il est urgent de se demander pourquoi nous voulons vivre en paix aussi bien en Israël que dans la diaspora. Toutes les circonstances sont réunies pour que nous puissions enfin nous demander si nous VOULONS être juifs.
La guerre au Moyen Orient s'accompagne de la remise en question du droit d'Israël à exister sur sa terre, puisque l'on peut même entendre des voix juives s'élever pour préconiser la création d'un état binational, qui signifie à terme, la disparition de l'état Juif. Ne parlons pas du chef du Hamas, qui vient de proposer aux européens rien moins que le "déménagement" de l'état juif en Europe.

Exportées jusqu'en Occident, ces tensions font réapparaître des mots et des comportements qui nous rappellent les heures les plus sombres de notre vie. Là aussi, dans l'inconscient et le non dit, c'est l'existence même du Juif et du Judaïsme qui est posée. La liberté de défendre nos opinions est prisonnière, au sein même de l'Université, d'une violence qui veut réduire au silence toute réflexion saine. Il n'est pas jusqu'aux intellectuels juifs, voire même jusqu'aux juges et députés d'un grand pays voisin et républicain qui soient à l'abri de l'expression d'une défiance quant à leur appartenance ou leur sujétion, réelle ou fictive, à la communauté juive.

Ma présence en tant que Juif n'est soudain plus allant de soi. Lorsque mon regard rencontre celui de l'Autre, ce n'est plus le reflet de ma propre vie que j'y trouve, mais d'abord, comme une question.

Les plus lucides et les plus au fait du caractère cyclique des soubresauts "d'antisémitite chronique" dans nos sociétés ne seront pas surpris ; le phénomène n'est pas nouveau. Pourtant, nous sommes sous le choc et comme trahis par la société dans laquelle nous croyions passer inaperçus.

Nous sommes justement à la veille d'une nouvelle célébration de ‘Hanoucca. Scrutons une fois de plus notre histoire afin d'en éclairer le présent. L'avenir nous apparaîtra alors, peut être plus serein.

Et d'abord, puisque c'est de remise en cause qu'il s'agit, tâchons d'écarter les poncifs qui éclipsent généralement la réalité de cet événement. Lumière, résistance, indépendance, liberté…ce sont bien ces termes dont on tente aujourd'hui de faire le vêtement présentable du terrorisme, de la violence, et de la haine raciste. Quand aux Lumières, depuis qu'elles ont brillé sur l'Europe, ses Juifs n'ont pas pour autant cessé, au contraire, d'être victime de l'arbitraire. Pour ressentir l'humanité du fait de ‘Hanoucca tentons de lui porter un regard neuf.

En vérité, les Judéens (eh! oui, nous sommes Juifs parce que nous venons de cette terre appelée autrefois, jusqu'à l'époque de l'empereur romain Hadrien; 133 de l'ère courante ; Judée) vivaient sous domination grecque depuis la déroute de Darios et la conquête de l'empire perse par Alexandre le Grand (356 à 323 av.) ; ils ne manifestaient aucune velléité d'indépendance et payaient régulièrement le tribut au pouvoir grec (Séleucides de Syrie ou Ptolémées d'Egypte, au gré des batailles que se livraient ces deux héritiers du grand empire unique d'Alexandre). Il faut dire que ce dernier faisait preuve de tolérance culturelle et cultuelle à l'égard des provinces administrées ; il reconnaissait d'ailleurs le Grand Prêtre, chef spirituel, comme interlocuteur politique représentant la Judée. Les Juifs se sentaient donc à l'aise au sein de l'empire.

Outre la part considérable qu'ils prirent dans le développement économique de la nouvelle ville d'Alexandrie, il tirèrent profit de la position de Jérusalem, aux carrefours nord-sud et est-ouest de l'empire. Le Temple (beith hamikdache), qui drainait les contributions religieuses de tout l'empire vers la ville sainte, et en faisait un centre de "cash flow" quasi unique, constituait un atout économique supplémentaire. Chaque Juif y envoyait 1/2 sicle d'argent par an (population juive estimée de l'empire : 8-9 millions), et les 3 fêtes de pèlerinage constituaient autant d'occasions de réunir l'ensemble du peuple juif à Jérusalem pour y dépenser l'argent des produits agricoles consacrés. Autant dire qu'il y avait là une concentration de liquidités à côté de laquelle le Luxembourg et la Suisse du secret bancaire feraient bien pâle figure.

Autant dire qu'il y avait là une concentration de liquidités à côté de laquelle le Luxembourg et la Suisse du secret bancaire feraient bien pâle figure.

Ce milieu était donc favorable à l'émergence d'une classe aisée de négociants qui constituèrent rapidement, avec les prêtres, la classe dirigeante et qui devint, par conséquent, objet de toute première considération du pouvoir grec central. En même temps, afin de favoriser leur intégration dans le monde grec, et en corollaire, leurs affaires, ils adoptaient le mode de vie grec, s'habillaient à la grecque, enseignaient le grec à leurs enfants. En trois générations, tout au plus, ils ne parlaient même plus l'hébreu. Il va sans dire que le Grand Prêtre nommé par le pouvoir sur leur recommandation finit par fréquenter davantage le gymnase que le Temple.

Jason, qui dirigeait le parti helléniste de Jérusalem devint Grand Prêtre en monnayant cette charge au roi. Il fit construire un gymnase et encouragea l'hellénisation de la ville. La jeunesse acceptait les idées nouvelles, adoptait le costume grec. Courses de chevaux, théâtre, jeux divers et langue grecque attirèrent de plus en plus de juifs.

Pendant ce temps, le petit peuple, artisans et agriculteurs, s'il était resté fidèle au judaïsme (on les appelait h'assidimm : orthodoxes) , ne trouvait rien à redire à tout cela. Le fait que Jason fût de famille sacerdotale les retint de se révolter. Tant que les apparences étaient sauves, ils ne bougèrent pas. (I° ELEMENT DE REFLEXION)

En 171 av., il se trouva à Jérusalem un autre helléniste appelé Ménélas qui visait aussi à devenir grand Prêtre. Jason l'ayant envoyé porter le montant des impôts à Antiochus, Mélénas, qui n'était même pas de famille sacerdotale (descendant du premier Grand Prêtre Aharon, frère de Moché ; Moïse) obtint du roi qu'il reprît la prêtrise à Jason, pour la lui donner, moyennant quoi il s'engageait à payer des impôts plus élevés encore. Dès que la dignité convoitée lui eut été confiée, il ordonna de dérober au Temple de Jérusalem de précieux vases d'or et de les expédier à Antiochus. Dès lors, le conflit longtemps larvé entre hellénistes et h'assidimm éclata au grand jour. (2° ELEMENT DE REFLEXION) La foule mit à mort le frère de Mélénas, qui avait expédié à Antioche l'or du Temple.

Antiochus IV s'estimait investi d'une mission divine de consolidation de l'empire par l'imposition de la culture hellène dans ses provinces.

Les hellénisants envoyèrent aussitôt une délégation en Syrie pour obtenir le soutien d'Antiochus Epiphane, alors au pouvoir ; on lui fit valoir qu'il ne s'agissait, pas seulement d'une crise interne, mais bien d'une révolte contre l'autorité grecque (3° ELEMENT DE REFLEXION). Ils ne pouvaient mieux tomber : Antiochus IV s'estimait investi d'une mission divine de consolidation de l'empire par l'imposition de la culture hellène dans ses provinces (d'où son surnom de "Epiphane envoyé de dieu" pour les uns et "Epimane le fou" pour les autres).

Il mit en demeure tous Ies peuples habitant son royaume, et particulièrement les Juifs, de devenir Grecs, d'adopter la religion grecque avec ses dieux et déesses, de se prosterner devant leurs images et statues (parfois à son effigie), et de se conduire dans leur vie domestique comme des Grecs. Il s'appuyait sur le fait que parmi les Juifs mêmes, s’était fondé le parti des hellénistes, admirateurs des mœurs grecques (rappelons toutefois l'origine pragmatique de cette volonté d'assimilation). Le roi réagit au quart de tour ; nulle enquête, nulle audition contradictoire des judéens, qui, rappelons le, payaient jusqu'ici leur tribut et supportaient parfaitement les garnisons grecques qui tenaient le pays. Il envoya le général Lysias à la tête d'une forte armée pour écraser la "révolte". On interdit sous peine de mort la pratique du chabath, de la mila, l'étude de la thora, etc…

L'histoire de ‘Hanna et de ses sept fils est très célèbre : ils sont exécutés par les Grecs pour avoir refusé de se prosterner devant les idoles. Dans l'un des récits de ces jours sombres, Antiochus désigne un gouverneur, appelé Philipus, à Jérusalem, et lui ordonne d'imposer aux Juifs la prosternation devant la statue du roi ainsi que l'offrande de porcs en sacrifice. Philipus pense que s'il réussit à persuader l'un des anciens, celui-ci influencera le petit peuple. C'est pourquoi il appelle Eleazar, l'un des prêtres les plus importants, et lui ordonne d'obéir au décret du roi. Devant le refus de celui- ci, Philipus lui dit :

"Tu sais que je t'honore, et que je veux te faciliter les choses. Prenons un peu de la viande que vous avez abattue rituellement, et tu la mangeras devant le peuple, pour qu'ils croient que c'est du porc. Si tu n'acceptes pas, je serai contraint d'obéir aux ordres et de te mettre à mort."
Eleazar lui répond :
" Je suis âgé aujourd'hui de quatre-vingt-dix ans. Si je t'obéis, tous les jeunes diront : "Voyez, si même Eleazar, le nonagénaire, a accepté de manger du porc pour sauver sa vie, que peut-on exiger de nous ?" Je préfère mourir, pour servir d'exemple à mon peuple. La vie et la mort sont entre les mains de D-ieu, et toi, fais comme bon te semble."
Philipus, devant l'obstination d'Eleazar, ordonne à ses serviteurs de le fouetter à mort.

(Flavius Josèphe, 14)

La révolte armée commence lorsqu'un détachement de soldats étrangers pénètre dans la ville de Modiîn, pour obliger les habitants à sacrifier un porc aux dieux grecs. Les officiers se tournent d'abord vers Mathatias, descendant de la famille sacerdotale des Hasmonéens :

"Les officiers du roi chargés de forcer les populations à abjurer leur foi vinrent à Modiîn pour s'assurer que le sacrifice avait été offert, et que de nombreux israélites y avaient participé. Mathatias et ses fils étaient rassemblés en groupe. Les officiers dirent à Mathatias :
" Tu es le chef ici, un homme important qui exerce une influence sur sa ville, avec le soutien de tes fils et de tes frères. Aussi tu dois être le premier à t'avancer pour obéir à l'ordre du roi. Toutes les nations l'ont fait, ainsi que de hautes personnalités de Judée et de Jérusalem. Ensuite, toi et tes fils seront comptés parmi les amis du roi ; vous recevrez de grands honneurs, et de riches récompenses d'or et d'argent, ainsi que de nombreux autres profits."
Mathatias répondit d'une voix sonore :
" Même si toutes les nations dominées par le roi lui ont obéi et ont abjuré leur culte ancestral, même si elles ont choisi de se soumettre à ses ordres, mes fils, mes frères et moi resterons fidèles à l'Alliance de nos pères. D-ieu garde que nous abandonnions jamais la Loi et ses commandements. Nous n'obéirons pas à l'ordre du roi, et nous ne délaisserons pas notre culte." Il avait juste fini de parler qu'un Juif s'avança devant tous, pour offrir un sacrifice sur l'autel païen, en conformité avec le décret royal. Ce spectacle indigna Mathatias ; il s'élança et égorgea le traître sur ce même autel. Il tua aussi l'officier envoyé par le roi pour imposer le sacrifice, et renversa l'autel païen. "Que me suivent", cria-t-il à travers la ville, "tous ceux qui sont fidèles à la Loi et désirent maintenir l'Alliance !" Lui et ses fils s'enfuirent dans les montagnes, laissant toutes leurs possessions derrière eux dans la ville".

(I Maccabées 2:15-28) (CINQUIÈME ELEMENT DE REFLEXION)

Les rebelles juifs, appelés aussi les macabimm sont dirigés par Juda, le fils de Mathatias. il remportera la victoire à la tête d'une petite armée de combattants juifs dénués d'expérience et d'armement suffisant contre des soldats grecs, nombreux, bien entraînés et bien armés.

A la suite de combats acharnés, menés dans toute la Judée, Juda et son armée réussissent à conquérir Jérusalem. Cela se passe en 164 av., trois ans après le début de la révolte.

"Juda dit à ses frères : "voici que nos ennemis sont en déroute ; montons purifier le Temple et l'inaugurer". Il rassembla tout le camp et ils montèrent sur le Mont Sion. Ils virent le Temple désert, l'autel profané, les portes incendiées, et, dans les cours, des mauvaises herbes qui poussaient comme dans une forêt (...) Ils déchirèrent leurs vêtements (en signe de deuil) et pleurèrent amèrement.

(1 Maccabées 4:36-39) (QUATRIÈME ELEMENT DE REFLEXION)

Juda et ses hommes s'attaquent au nettoyage du terrain, à la restauration du bâtiment qu'ils relèvent de ses ruines. Et c'est alors l'épisode connu de la célèbre et unique fiole (qui faisait en fait, entre 1.19 et 2.10 litres) d'huile pure qui, ne suffisant que pour un jour, en dura huit. Miracle unique dans l'histoire d'Israël et pour ainsi dire, inutile, puisque son seul objet est de permettre l'accomplissement d'une mitzva - commandement divin. Mais laissons cela à la réflexion.

Penchons nous plutôt sur ce que révèle ce processus historique, et qui nous interpelle également aujourd'hui.

Peu à peu, nous perdons notre propre identité, d'autant plus facilement, que la culture grecque, brillante et universelle n'a besoin de nulle violence pour s'imposer.

Une étude sans préjugé de l'antisémitisme à travers les âges démontrera que ses racines plongent toujours dans l'anti-judaïsme. Mais ce dernier ne s'exprime pleinement que lorsque les juifs eux-même le nourrissent. Cela commence par une volonté de fusion avec la culture dominante, animée par des mobiles d'ordre pratique (relations commerciales, dans le cas qui nous occupe, ou encore conquête d'un statut social équivalent à celui du non Juif etc.) Cela s'épanouit naturellement dans la fondation d'une idéologie susceptible de donner une base intellectuelle à ce mouvement, au départ, purement matériel.

L'Homme, éprouve en effet le besoin de transcender son Existence par le Sens. Peu à peu, nous perdons la sensation authentique de notre propre identité. Et cela, d'autant plus facilement, que la culture grecque, brillante et universelle n'a besoin de nulle violence pour s'imposer.

Une faction de la nation conserve, il est vrai, un attachement à ses traditions et cela conduit à une déchirure qui couve au sein même du peuple juif. Mais voilà : au début, le judaïsme fidèle à la Loi s'accommode fort bien de ce glissement progressif et ne s'alarme pas, ne prend pas ses responsabilités. Du moment que le Grand Prêtre maintient les rites, les apparences sont sauves.

Cette situation fausse ne peut évidemment perdurer. Le dialogue vrai, dynamique, doit retrouver sa place entre le Créateur et la créature. L'Alliance, la vie de couple D-ieu/Homme ne peut survivre à l'hypocrisie de la routine et du rite ; pas plus que celle d'un couple humain, d'ailleurs. Alors la Providence décide, pour sortir de ce péril latent et combattre ce poison insidieux, de faire exploser la crise afin d'obliger son partenaire, l'Homme, à définir, à exprimer, à dire tout simplement son choix. Le faux fuyant ne sera alors plus possible.

A chaque crise d'identité ouverte au sein du judaïsme, surgit une nation appuyée consciemment ou non par l'une des parties pour agresser le peuple juif.

La première explosion révélatrice de cette crise à lieu d'abord au sein même du peuple. Et c'est elle qui est la cause d'une intervention d'un ennemi extérieur. Ce fut le cas avec Nabuchodonosor, c'était le cas avec les Grecs, et ce sera le cas avec les Romains qui prirent position en Terre sainte, appelés à trancher entre les deux partis politiques Saducéen (judaïsme réformé de l'époque) et Pharisien. Quel hasard étrange! A chaque crise d'identité ouverte au sein du judaïsme, surgit une nation appuyée consciemment ou non par l'une des parties pour agresser le peuple juif.

C'est alors que l'on se réveille. Et c'est seulement après avoir eu le courage de vouloir être soi même, que l'on a le mérite de se rendre compte à quel point on avait laissé les choses se dégrader. C'est ce qui explique les pleurs amers des troupes juives de Juda pourtant victorieuses lorsqu'ils reconquièrent le Mont du Temple.

A l'heure ou "sale Juif" redevient une insulte usuelle, il est urgent de se demander pourquoi nous voulons vivre en paix aussi bien en Israël que dans la diaspora. Pouvoir aller au café discuter avec des amis ? Aller en boîte sans être distingué? Profiter du confort de la vie moderne et s'anesthésier par absorption indolente de la publicité et l'usage de tous les gadgets dont elle ne cesse de renouveler la panoplie? Nous avons tellement perdu le sens d'une véritable vie intérieure, que la thora paraît aujourd'hui au plus grand nombre inexplicable et impraticable. Est-ce là la "vision des Prophètes d'Israël" sur laquelle s'appuie la Déclaration d'Indépendance de l'Etat de 1948?

Indépendance nationale, autonomie, liberté: pour quoi faire, pour faire quoi?
Toutes les circonstances sont réunies pour que nous puissions enfin nous demander si nous VOULONS être juifs. Réveillons l'esprit et l'intellect, saisissons l'occasion de nous engager de toute notre personne, afin que notre sensibilité, nos émotions, nos viscères enfin, soient libérés et guidés par un judaïsme authentique. Etre libre, c'est d'abord pouvoir aller à la rencontre de soi-même.



A PROPOS DE L'AUTEUR
le Rabbin Emmanuel GIES
Le Rabbin Emmanuel Gies est le responsable de la Yéchivah des Etudiants de Bruxelles.


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